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Exposition "L'invention de la Renaissance, l'humaniste, le prince et l'artiste"
(Musée de la BnF, Paris, France)
Heure locale

 

Lundi 19 février 2024

 

Entre le XIVème et le XVIème siècle, l’Europe fut le théâtre d’un bouillonnement intellectuel, artistique et scientifique , plus connu sous le nom de Renaissance. Un mouvement dont le coeur fut l’humanisme apparu en Italie au XIVème siècle et caractérisé par le retour aux textes antiques et la restauration des valeurs de civilisation dont ils étaient porteurs. Ce mouvement humaniste produisit alors un modèle culturel nouveau, phénomène qui influencera profondément les formes de pensée et de l’artPrinces et puissants saisiront alors cette opportunité pour fonder sur ce mouvement humaniste une image renouvelée d’eux-mêmes. 

L’exposition « L’invention de la Renaissance, L’humaniste, le prince et l’artiste » aborde cette épopée culturelle à ce moment déterminant dans l’avènement de notre modernité, où littérature et art occupent une place centrale.

 

Cet évènement présenté par la BnF nous convie à admirer plus de 200 œuvres : manuscrits, livres imprimés, estampes, dessins, peintures, sculptures, objets d’art, monnaies et médailles issues des collections de la BnF mais également de prêts extérieurs. Des œuvres permettant au visiteur de s’imprégner de l’univers de pensée et du monde des humanistes de la Renaissance.

Le parcours de l’exposition débute par le cabinet de travail privé du lettré pour s’achever sur un espace ouvert au public des grandes bibliothèques princières. Entre temps, le visiteur est invité à explorer les aspects majeurs de la culture humaniste de la Renaissance : l’importance de Pétrarque et sa bibliothèque au XIVème siècle, la redécouverte des textes antiques et leur diffusion grâce à la copie manuscrite, au travail d’édition et de traduction, l’évolution du goût et des formes artistiques, et la promotion nouvelle de la dignité de l’être humain.

L’ensemble de ce parcours bénéficie d’une scénographie sobre qui tire avantage des volumes de la galerie Mansart de la BnF Richelieu, pour enchainer dans l’unité d’un récit les cinq chapitres de l’exposition : le Studiolo, Pétrarque et la naissance de l’humanisme, De l’étude de l’Antiquité au goût de l’antique, Le savoir et la gloire, De la bibliothèque humaniste à la bibliothèque princière. Cartes, chronologies et dispositifs audiovisuels de médiation offre enfin au public le plus large les principaux repères permettant de mieux pénétrer dans le cours d’une histoire qui changea le destin culturel de l’Occident.

 

Le Studiolo :

Cette première partie s’attache à décrire ce que pouvait être le studiolo d’un lettré ou d’un prince humaniste de la Renaissance, en reconstituant l’espace de travail et de lecture d’alors avec des livres touchant à des disciplines diverses et des objets de savoir (globes, objets scientifiques et portraits d’hommes illustres…)

Hérité de la vie monastique du Moyen-Âge, le studiolo représente le lieu de lecture et de méditation de textes par excellence. Le mot(studium, signifiant l’étude) sous sa forme latine, apparaît au XIVème siècle à la cour pontificale d’Avignon, puis à la cour de France sous Charles V. Peu à peu, à la pièce intime réservée à la lecture où Pétrarque s’isolait pour travailler, succède un espace où les livres côtoient tableaux et objet précieux, lieu vite adopté. Fin XIVème-début XVème siècle, le studiolo se répand dans les maisons de la bourgeoisie marchande, à l’intérieur des demeures italiennes, et dans les palais des princes et princesses d’Italie et ce lieu de loisir lettré adopte un décor correspondant à sa fonction : boiseries en marqueterie évoquant les arts et les sciences, figures des Muses et portraits d’hommes illustres avec lesquels l’homme de la Renaissance entre dans un dialogue idéal.

Pétrarque et la naissance de l’humanisme

Cette partie souligne la nouveauté représentée par Pétrarque dans le monde de la culture et des arts. Fils d’un notaire pontifical, Pétrarque étudiera à Carpentras et à Montpellier, avant de terminer ses études de droit à Bologne (Italie). Lettré d’un genre nouveau, l’homme inaugure un nouveau rapport au savoir en accordant à l’étude des textes de l’Antiquité une place centrale dans la réflexion de l’homme. Ces lettres antiques deviennent ainsi l’instrument de ce que Cicéron appelait « la culture de l’âme ».

De 1326 à 1329, une fois rentré à Avignon, Pétrarque réunit les fragments de l’Histoire romaine de Tite-Live. Puis, il retrouve de grands manuscrits oubliés d’auteurs latins dans de grandes bibliothèques monastiques, lors d’un voyage en Europe du Nord effectué en 1333.

 

De l’étude de l’Antiquité au goût de l’Antique

En exhumant ces manuscrits tombés dans l’oubli, Pétrarque ouvre la voie à un vaste mouvement de chasse aux textes d’auteurs classiques, montrant ainsi la voie aux futurs lettrés qui partageront l’idéal de savoir et de sagesse. Une tache ardue consistant à collecter des manuscrits d’auteurs classiques, à réaliser un travail de copie magnifiant les textes, et puis à travailler sur les textes aux-mêmes en vue d’en restituer la version la plus authentique.

Pétrarque sera effectivement le premier à « chasser » des manuscrits, et le premier à se lancer, en se faisant aider au besoin par son réseau de correspondants. Un travail qu’il réalise d’abord pour la bibliothèque pontificale d’Avignon, puis pour son propre compte.

Quant à l’exemple donné par cet homme, et la notoriété qui en découlera, ils contribueront à changer le statut de la quête des manuscrits d’oeuvres antiques.

Sous l’impulsion des humanistes, Florence fera au XVème siècle l’objet d’un grand renouvellement de la mise en page du livre manuscrit, de sa décoration et de son écriture, après la critique de l’écriture gothique par Pétrarque au siècle précédent. De Padoue à Venise, puis à Florence, cette esthétique du livre renaissant se diffusera largement dans la Rome des papes et des cardinaux ainsi qu’à la cour des rois aragonais de Naples. Des nouveautés indirectement liées au monde des « antiquaires », personnages par définition versés dans l’étude, la recherche et la collecte des vestiges de l’Antiquité. 
Cette diffusion imprimée des productions des humanistes devient alors un enjeu majeur pour une catégorie d’éditeurs-libraires, lesquels rivalisent d’ingéniosité technique et d’éthique afin d’accroitre la diffusion des manuscrits. Et la publication de Bibles multilingues de conjuguer les avancées de l’imprimé aux nouvelles méthodes philologiques tout en illustrant l’étroit lien entretenu entre le milieu humaniste et les ateliers d’imprimeurs. 

 

Le savoir et la gloire
L’humanisme de la Renaissance consiste en une réforme intellectuelle et morale, tout en étant à la fois un mouvement de restauration de l’héritage de l’Antiquité et une aspiration à reconnaître à l’homme une dignité nouvelle dans sa liberté d’agir et de créer.

Cependant, cette dignité qui s’acquiert à force d’efforts de formation et de perfectionnement moral, doit permettre à l’être humain de trouver le chemin de la gloire. L’étude des auteurs classiques va ainsi nourrir une pédagogie qui va passer par le culte des hommes illustres tandis que l’iconographie de la gloire humaine va se répandre sous diverses formes : fresques, tableaux, portraits isolés, médailles…

Attardons-nous à présent sur le portrait humaniste, qui n’est pas une invention de la Renaissance. En revanche, c’est à la Renaissance que celui-ci devient l’expression tangible du rôle que les humanistes ont accordé à l’homme dans la société. Depuis l’origine de notre civilisation, les artistes ont toujours essayé d’immortaliser les traits humains. Dès le XIIIème siècle, le portrait stéréotypé cède la place au portrait individualisé et l’on assiste alors à la multiplication des portraits des vivants.Papes, empereurs et monarques sont ainsi immortalisés par les plus grands artistes. Outre le fait que le portrait permet d’avoir une idée du visage des époux dans les mariages par procuration, il est aussi envoyé à d’autres princes pour préparer des alliances politiques.

Monnaies et médaillons antiques interpelleront également les humanistes et les artistes de la Renaissance. C’est ainsi que la ville de Ferrare (Italie) sera connue comme le foyer de la médaille durant les années 1440.

 

De la bibliothèque humaniste à la bibliothèque princière

La dernière étape du parcours évoque le triomphe de l’idéal culturel initié au XIVème siècle par Pétrarque en montrant comment celui-ci parvint à constituer le modèle moderne de la bibliothèque princière des XVème et XVIème siècles. Dans cette bibliothèque, les œuvres des auteurs classiques latins et grecs occupent une place centrale à part égale avec les Pères de l’Église. Autant d’ouvrages qui nourriront la réflexion de l’homme.

Bientôt, princes et grands de ce monde s’emparent à leur tour de ce modèle humaniste, sur lequel ils fondent de nouvelles bibliothèques de cour. Apparu d’abord à Pavie (Italie), à la cour des Visconti, et sous l’impulsion de Pétrarque lui-même, puis à Naples, par la volonté du roi Alphonse V d’Aragon, le modèle de bibliothèque humaniste et princière gagne le reste de l’Europe durant les XVème et XVIème siècles : d’abord à Budapest, à la cour du roi de Hongrie Matthias Corvin, puis en France. Sous Charles VII naitra une première bibliothèque à Amboise, puis une autre à Blois, sous le règne de louis XII, et à fontainebleau, durant le règne de François 1er.

 

Pénétrer dans la bibliothèque de Pétrarque était un (rare) privilège, accordé uniquement à quelques amis ou à de très hauts personnages. Ses livres étaient quant à eux entreposés dans une chambre privée et retirée, espace intime de l’écrivain. C’est pourtant à Pétrarque que l’on devra, en 1362, l’idée nouvelle de léguer ses livres à la cité de Venise comme un bien commun à disposition de tous les lettrés, même s’il reviendra six années plus tard sur son intention première.

Cette idée séduisante, désormais inscrite dans les esprits fera école et contribuera plus tard à la création de bibliothèques publiques.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition «L’invention de la Renaissance, l’humaniste, le prince et l’artiste », du 20 février au 16 juin 2024, au Musée de la BnF, 5 rue Vivienne, à Paris (2ème)
  • Catalogue de l’exposition : 264 pages et 160 illustrations. 49€ (BnF Editions)

  • Ressources en ligne : https://essentiels.bnf.fr/fr/








 



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