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Christophe Plantin, 500 ans de curiosité et d'innovation
(Muséum Plantin Moretus d'Anvers et Bliothèque Mazarine de Paris, France)
Heure locale

 

Lundi 10 janvier 2022

 

La Bibliothèque Mazarine (Paris 3ème) présente jusqu'au 19 février prochain un hommage à Christophe Plantin, français d'origine tourangelle qui posera les fondements de la plus vaste entreprise d'imprimerie que l'Europe d'Ancien Régime ait connu. Sa correspondance et ses archives d'entreprise témoignent des grandes ambitions de cet homme qui s'installera à Anvers (Belgique), alors plaque tournante du commerce international. Christophe Plantin s'avérera également très attentif aux attentes des publics et des marchés, d'où un soin extrême apporté à la conception des livres. Ce monde du livre qui célèbre aujourd'hui le cinquième centenaire de sa naissance.

 

Né vers 1520 à Saint-Avertin (37), Christophe Plantin s'installe à Lyon durant son enfance, puis à Orléans, et à Paris. Il séjournera également à Caen (14) dans les années 1540 où il se mettra au service du relieur de l'Université de la ville, Robert II Macé. Il acquiert à son tour les rudiments du métier de relieur à la capitale et les éléments de l'art typographique à Caen.

Mais l'homme rêve déjà de terre étrangère et il s'installe à Anvers (Belgique) en 1549 après un court séjour à Paris. Et pour cause : cette cité est devenue le plus important centre d'imprimerie des Pays-Bas en l'espace d'un demi-siècle (1500-1550), grâce entre autres à l'impression clandestine de livres religieux inspirés de Luther. Christophe Plantin œuvre d'abord pour Gabriel de Zayas, secrétaire de Philippe II, roi d'Espagne, en tant que relieur et artisan du cuir jusqu'en 1555, jusqu'au jour où il croise une bande d'ivrognes dans une rue d'Anvers qui lui donnent un coup d'épée fatal à l'épaule, le laissant durablement handicapé. Contraint de changer de profession, notre homme se lance dans l'imprimerie avec le soutien financier de Hendrik Niclaes, chef d'un groupe anabaptiste, et imprime son premier livre en 1555.

Génie des affaires et typographe de talent, Christophe Plantin acquiert bientôt une position officielle. En 1570, il est en effet nommé par le roi Philippe II (qui règne alors sur les Pays-Bas), architypographe, chargé de l'inspection des imprimeries des Pays-Bas et de la publication de la nouvelle édition de la Bible polyglotte d'Alcala. Douze exemplaires de l'ouvrage, imprimés sur vélin, seront destinés au roi tandis que 1200 exemplaires des cinq volumes composant la Bible et 600 exemplaires des trois volumes de l'Apparatus sacer, sortiront des presses mais à un coût tel que Christophe Plantin devra écouler à perte des exemplaires pour pouvoir être payé comptant. Son officine, qui porte le nom de « Compas d'Or » devient l'un des plus importants soutiens éditoriaux de la Contre-Réforme. A l'époque, l'appui politique dont il jouit l'oblige à louvoyer entre les insurgés et les royalistes espagnols alors que gronde déjà la révolte de l'occupant espagnol qui conduira à l'Acte de La Haye en 1581. Et de tenir ses distances avec la la Réforme protestante tout en restant ambigu sur la question religieuse. Ces précautions ne lui éviteront pas de souffrir de rumeurs l'accusant d'imprimer des livres hérétiques, le contraignant même à s'exiler momentanément à Paris dès 1562. En 1576, il est rançonné par les mercenaires espagnols qui pillent la ville. S'étant réfugié entre temps à Anvers, il fuit à nouveau pour se réfugier à Leyde (Pays-Bas) en 1583 où il devient imprimeur académique de l'université protestante. L'Eglise catholique l'accuse alors d'infidélité. Deux ans plus tard, il revient à Anvers à la suite de la reprise de la ville par Alexandre Farnèse.

Le temps passe et Christophe Plantin est alors âgé de plus de 60 ans lorsqu'il décide de redonner un nouvel élan à son imprimerie qui n'embauche plus désormais que quatre salariés chargés de faire tourner une seule presse. Malheureusement, le destin en décidera autrement et notre homme s'éteindra quatre ans plus tard, sans avoir eu le temps de retrouver son prestige d'antan. Il laisse alors cinq filles (dont Martine qui épousera Jean Moretus, le successeur de Christophe à la tête de l'imprimerie rebaptisée Plantin-Moretus. L'Officine Plantin continuera à imprimer des livres jusqu'à 1876, puis sera vendue à la ville d'Anvers par Edouard Moretus-Plantin. Restée intacte, l'endroit est devenu un musée inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO, le musée Plantin-Moretus.

 

L'élégance est la marque de fabrique qui différencie la production de Christophe Plantin d'une autre. Autres traits marquants de ses publications : un genre sévère et une correction scrupuleuse (grâce à d'éminents correcteurs comme Victor Giselin, Théodore Poelmans, Corneille Kilian... motivés les uns et les autres à coup de récompense s'ils trouvaient des fautes aux épreuves affichées). Sa correspondance, mais aussi les archives de l'entreprise précieusement conservées témoignent de grandes ambitions commerciales de l'homme et de la grande attention accordée aux attentes des clients et des marchés, sans parler du soin extrême apporté à la conception de ses ouvrages. De toute évidence, Christophe Plantin avait le sens du commerce. L'hommage rendu par l'exposition présentée à la Bibliothèque Mazarine se concentre autour du premier siècle d'activité de la maison Plantin Moretus, des stratégies éditoriales de l'imprimerie et de ses exigences en matière de production. On découvre ainsi comment Christophe Plantin et ses successeurs transformèrent l'esthétique du livre de la Renaissance et inaugurèrent l'ère baroque de la mise en page, en utilisant un matériel typographique et ornemental nouveau, en promouvant la gravure sur cuivre et en faisant appel de manière privilégiée au peintre Pierre Paul Rubens ou à d'autres illustrateurs et graveurs de talent. Ce sont plus de 5000 éditions qui sortiront des presses de cette imprimerie durant ce siècle d'or.

C'est en 1555 que Christophe Plantin publie son premier livre intitulé « Institution d'une fille de noble maison ». Suivra l'édition de la Bible polyglotte évoquée plus haut et largement inspirée de la première édition polyglotte de la Bible dite Complutense. L'Officine Plantin est alors considérée comme l'entreprise d'édition et d'imprimerie la plus importante jamais établie en Belgique. La maison vend alors des livres dans toute l'Europe, et le grand humaniste Juste Lipse possède son propre bureau à l'intérieur de l'imprimerie. Christophe Plantin publiera d'ailleurs ses œuvres, ainsi que celles d'Abraham Ortelius, Laevinus Torrentius, André Schott, Simon Stevin et autres savants qui avaient fait de l'Officine un lieu de rendez-vous favori : la maison, qui abritait une précieuse bibliothèque, attirait les sommités de l'époque grâce aux procédés généreux et aux facilités accordées aux auteurs pour l'impression de leurs ouvrages. Au plus fort de sa production, l'imprimerie comptera au moins 22 presses et emploiera quelques 160 ouvriers et d'éminents correcteurs.


 

L'exposition présentée à la Bibliothèque Mazarine aborde plusieurs parties :

  • Christophe Plantin, typographe de la Renaissance : Français d'origine tourangelle, formé aux métiers du livre à Paris puis à Caen, ville où il rencontrera son épouse Jeanne Rivière, l'homme quitte la France avec sa famille en 1549 pour s 'installer à Anvers, alors principale ville des Pays-Bas pour la production d'imprimés. D'abord relieur, puis fabricant d'objets ornés de cuir, il deviendra imprimeur-libraire à partir de 1555, en privilégiant dans un premier temps les collaborations avec des confrères déjà dans la place, en se conformant aux formules éditoriales puis aux canons typographiques du moment (emploi de l'italique, composition typographique, mise en page) et en proposant les genres appréciés des lecteurs (auteurs classiques pour les étudiants et les érudits, ouvrages de commande d'histoire locale et récits de voyages)

     

  • Stratagèmes éditoriaux : Bientôt inquiété par les autorités pour des questions religieuses, Christophe Plantin est contraint de se réfugier à Paris et de se soumettre à la vente de ses biens aux enchères. A son retour à Anvers, il limite les risques en s'installant avec des associés locaux, tâchant de diversifier les marchés en proposant par exemple des éditions identiques sous différents formats, limitant ainsi les couts de fabrication. La même maitrise des coûts de production est appliquée pour les ouvrages de qualité (livres illustrés) en restant fidèle momentanément et pour certaines publications à l'utilisation de bois gravés. Innovateur, il profite de la présence d'artistes et d'ateliers spécialisés pour recourir massivement à l'illustration gravée en taille douce et proposer ainsi à un lectorat aisé des produits de qualité supérieure à la fin des années 1560.

     

  • Papiers et formats : Le choix d'excellence typographique adopté par Christophe Plantin implique l'accès au marché international à travers la fréquentation régulière des foires de Francfort et le relais de son réseau français (surtout parisien). Cette stratégie le fait entrer en contact avec des mécènes susceptibles de l'aider financièrement ou avec des auteurs qui co-financent avec lui leurs publications. En période de crise, il optimise l'espace de la feuille à imprimer (le papier représentant le premier poste de dépense dans la fabrication d'un livre), remettant en questions les formats habituels et sollicitant humanistes et philologues actifs pour créer de nouvelles éditions dans un format plus économique. Pour s'assurer des recettes régulières, l'imprimeur réserve une part de son activité aux publications officielles des autorités locales provinciales ou royales. Autre source de profits, l'édition de haute qualité d'ouvrages liés à la réforme catholique tridentine, missels et bréviaires. Et d'obtenir l'exclusivité de la diffusion des ouvrages liturgiques tridentins dans les possessions ibériques et ultramarines du roi d'Espagne.

  • Caractères et fleurons : Soucieux d'apporter la meilleure réponse possible à tout défi typographique, notre homme prend sa part dans l'édition en caractères non latins, grecs, hébraïques et syriaques lors de rencontres personnelles autour des textes sacrés, et notamment pour la monumentale Bible polyglotte, avec Arias Montano et les frères Le Fèvre de la Boderie. Un dialogue de la typographie avec la philologie qui ne se limite pas aux langues anciennes, puis Christophe Plantin confronte celle-ci avec les langues modernes pour éditer par exemple des dictionnaires où caractères italiques, romains et gothiques matérialisent respectivement le latin, le français et le néerlandais (dont il est pratiquant). Il expérimente enfin le caractère de civilité qui reproduit avec élégance l'écriture cursive française, mis au point par Robert Grangeon.
  • Métamorphoses de l'illustration : Christophe Plantin décide de généraliser l'illustration en taille douce pour certains ouvrages en misant sur le talent de dessinateurs et de graveurs anversois ou des Pays-Bas, lui qui est à la fois si fidèle au bois gravé d'illustration et créateur et utilisateur d'ornements (encadrements de titres et d'images, lettrines, fleurons...). L'impression en deux étapes du texte et des images s'avérait plus coûteuse mais cet inconvénient était compensé par la possibilité de commercialiser les images séparément.

     

  • Mise en livre baroque : les successeurs de l'imprimeur, à savoir Jan I et ses petits-enfants Balthasar I et Jan II, puis Balthasar II, poursuivront l'activité éditoriale avec le même souci d'exigence, tant pour l'organisation typographique que pour l'illustration. Pour faire, des compatriotes de talent souvent formés en Italie seront mis à contribution, à l'instar du graveur Theodor Galle (devenu le gendre de Jan I Moretus) qui oeuvrera presque exclusivement pour l'Officine plantinienne, ou de Pierre Paul Ruben qui concevra le décor de pages de titre. Les Moretus s'efforcent aussi de contrôler les différentes étapes du processus de production pour se spécialiser sur l'édition prestigieuse et luxueuse de quelques genres privilégiés (liturgie contre réformée, écrits spirituels, histoire et érudition archéologique ou numismatique, ouvrages commémoratifs). La gravure sur bois d'illustration devient alors minoritaire pour laisser sa place à la taille douce (qui dégage de plus fortes marges de profit).

 

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